Voici un sonnet fait il y a longtemps avec une amie (suivant la technique habituelle, soit un vers chacun), que nous avons écrit comme ça, pour s'amuser, avec un sujet plus sérieux que les sonnets qui partent en délire comme cela arrive souvent. Il est en fait beaucoup plus difficile de rester "sérieux" à trois, d'une part parce que les contraintes métriques sont rarement faciles pour beaucoup de gens, d'autre part parce que trois visions du futur de ce sonnet s'affrontent et tentent de se conjuguer. C'est un exercice périlleux qui bien souvent périclite.
De retour sur le sonnet. Le premier vers que j'ai mis vient en fait d'une réécriture libre d'un poème malais que
wikipédia nous présente ; il s'agit de la seconde strophe :
Ada suatu kapal Surati
Mati tukang mati kelasi
Kalau tak dapat bagai di hati
Biarlah bujang sampai ke mati
Traduit par wikipédia comme ceci :
Il y a un certain bateau dans Surate
Mort le capitaine mort le matelot
Au cas où manque encor l'âme s½ur au c½ur
Rester solitaire jusqu'à croiser la mort
Allez savoir pourquoi, mais cela m'a beaucoup plu (tout comme le premier quatrain proposé comme exemple) et je l'ai utilisé comme fil conducteur du sonnet. Mon amie (Hisako) n'en avait pas connaissance cependant, ce qui donnait un mouvement nouveau qui fait que tout cela n'a pas donné ce que j'aurais fait seul.
L'image quant à elle est un tableau d'Eugène Boudin, grand peintre français du 19ème siècle, précurseur de la peinture en extérieur ; c'est lui qui a découvert Monet et l'a poussé à faire plus que des caricatures au crayon.
Mort est le matelot, mort est le capitaine ;
Ne restent de leur vie que deux cris envolés ;
Et mêlés aux oiseaux vont deux esprits ailés
Soupirant dans le ciel où toute haine est vaine.
Les âmes des marins ne sont qu'oiseaux de peine
S'accrochant sans espoir aux nuages salés
Et sombrant sans espoir dans leurs rêves brûlés ;
Ne tempête aux larmes que la beauté soudaine.
C'est qu'au-delà des cieux, au-delà des étoiles,
L'obscurité du rien éclate comme un tout ;
Le néant et le tout lentement se dévoilent.
Ensemble leurs teintes sont blanches de partout ;
Ensemble leurs teintes les volent et les voilent ;
Et brille tout dansant, et meurt ce bel atout.
(... Et je viens de découvrir ce site, que je commence à peine à lire et qui a l'air très intéressant :
Un touriste aux îles de la Sonde. Voila pour le coup de c½ur du dimanche soir ! )