Les Oranges

Pas de sonnet pour avant-hier, pardon ! J'ai passé deux jours à me battre avec les rimes de celui-ci, et je l'ai fini, je le garde comme il est. L'illustration, qui viendra dans je ne sais pas combien de temps, sera faite de la main de mon amoureuse.

LES ORANGES

Pour Ibtissem.

Tu ne sais pas éplucher des oranges
Sans tes deux mains recueillies dans les miennes
(Les mains d'une ange) et mes deux mains sont pleines
Pleines d'orange et de tes mains en louange.

Mains dans les mains nous ferons tout ensemble,
Ensemble nous jouerons a ces jeux d'anges,
Ensemble nous vivrons de beaux mélanges,
Mains dans les mains Tu verras Tout s'assemble.

Mains dans les mains et l'orange à ta bouche
Je guiderais tout doux tes mains qui tremblent.
Le savais-tu, nos deux mains se ressemblent :
J'ai dans mes mains deux mains qui s'effarouchent.

Tu souris dans mes bras Tu vis sereine
Et nous vivons d'envies incertaines.
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# Posté le mercredi 04 juin 2008 14:33

Une araignée au plafond

Une araignée au plafond
Le sonnet de ce jour a été fait en retard, et je ne suis ni fier des rimes, ni fier des vers. Mais j'aime les mauvais jeux de mots qu'il contient (j'aime les mauvais jeux de mots, c'est une de mes passions), et il n'est pas impossible que sur ce weblog de sonnets quotidiens apparaisse un jour le profond remaniement d'un ancien sonnet pour le poème du jour.
Et changement d'image aujourd'hui (16 juin 2008) - Le fou de Goya ! Merci à Lomyr.

UNE ARAIGNEE AU PLAFOND

Parmis les araignées
Qui vivent au plafond
Nous avons désigné
Les rois et les bouffons :

Les rois de nos chiffons
Appelés à régner
Sont aussi nos bouffons
Appelés araignées.

La raison par la trappe,
Nous régnons comme un pape,
Nous sommes Roi des fous,

Pendant qu'il se profile
Que nos sujets serviles
Sont au-dessus de nous.
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# Posté le lundi 02 juin 2008 16:02

Modifié le lundi 16 juin 2008 06:07

L'art et la manière

Ce soir j'ai envie de parler technique. Et comme je fais des sonnets, je parlerais donc de cette forme poétique (au nom assez laid, je trouve) qu'est le sonnet.


Qu'est-ce qu'un sonnet ? Vu le nombre de formes que l'on peut lire à travers le temps, modelant à leur gré l'agencement des rimes, la longueur des vers, vu que la forme s'est adaptée et dévelloppée dans nombre de langues européennes (et peut-être ailleurs, mais si c'est le cas je n'en suis pas informé), vu le travail actif de déconstruction et reconstruction de la poésie aux alentours du début du siècle précédent, la seule définition que je peux donner (et qui est déjà pas mal) est qu'un sonnet est un poème de 14 vers, répartis (généralement) en deux quatrains suivis de deux tercets. Et encore, cette définition n'est pas universelle : les "sonnets italiens" se composent d'un huitain et d'un sizain, certains (comme Anatole Le Braz) rajoutaient un vers de plus, d'autres (dont j'ai perdu les noms) mettaient les tercets avant les quatrains, et moi je classe le quatorzain (trois quatrains et un distique) comme une forme de sonnet, ce qui semble aussi être le cas des anglais. Et les gens sont bien capables de faire plus tordu encore.



Petite parenthèse, la définition de Tristan Corbière vaut le détour, même si elle ne définit rien :

SONNET (AVEC LA MANIERE DE S'EN SERVIR)

Réglons notre papier et formons bien nos lettres :

Vers filés à la main et d'un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;
Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.

Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;
Aux fils du télégraphe : - on en suit quatre, en long ;
A chaque pieu, la rime - exemple : chloroforme.
- Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.

- Télégramme sacré - 20 mots. - Vite à mon aide...
(Sonnet - c'est un sonnet -) O Muse d'Archiméde !
- La preuve d'un sonnet est par l'addition :

- Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,
En posant 3 et 3 ! - Tenons Pégase raide :
" O lyre ! O délire ! O... " - Sonnet - Attention !


L'agencement des rimes dans un sonnet n'est pas du tout stable non plus : si la tradition originelle (en France) voulait que les deux quatrains aient des rimes embrassées, et que les tercets suivent le schéma AAB - CCB ou CBC, le tout en alternant rimes féminines et masculines, cela n'a jamais été systématiquement respecté, et la seconde moitié des années 1800 a vu toutes ces règles éclater une à une. De même pour les vers, qui vont de un pied à quatorze ou seize (je n'ai pas vu au-delà encore).


Il n'y a aucun thème particulier au sonnet ; les sujets traités vont de l'érotisme, comme ceux de Théophile de Viau, aux grands & nobles registres mythologiques, tels que les Chimères de Nerval, ils peuvent évoquer de la philosophie, du fait divers, des histoires de coeur (Ronsard), ou la vie de tous les jours comme certains poèmes d'Apollinaire. Le poète est libre de raconter ce qu'il veut.


En bref, le sonnet est une tradition respectable qui autrefois plus ou moins contraignante accepte maintenant à peu près n'importe quoi.


Quant à moi, je suis parti dans la lecture de légions de sites net sur d'autres formes, la ballade, le virelai, le rondeau et le rondel. Qui sera, première exception en ... 5 jours, la forme du poème sans prétention d'encejour.



Mon amoureuse est bien heureuse
Mais son sourire est en pleurs,
Qu'a donc vécu son petit coeur
Son petit coeur d'amoureuse ?

Mon pauvre coeur est dans la peur,
La nouvelle est malheureuse :
Mon amoureuse est bien heureuse,
Mais son sourire est en pleurs.

Mais les nouvelles malheureuses
Peuvent partir bien piteuses.
Je suis un grand consolateur :
Dans mes calins protecteurs
Mon amoureuse est bien heureuse !
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# Posté le dimanche 01 juin 2008 10:23

Modifié le dimanche 01 juin 2008 10:41

Une ébauche de Christine

UNE EBAUCHE DE CHRISTINE

Les yeux offerts aux cieux
Et le corps aux stigmates,
Tout t'est bien trop précieux,
Petite aristocrate.

Tes gestes écarlates
Sont tous silencieux,
Sont tous disparates,
Sont bien trop anxieux.

Tu ne vis que d'encens,
Tu ne vis que d'espoirs,
Tu ne veux rien savoir,

Et dans mille histoires
Toutes contradictoires
Tu n'es déjà qu'absence.






Image de Francisco de Goya.
Pas de commentaires pour cui-la,
que je ne suis pas sur de comprendre
non plus.
Une ébauche de Christine
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# Posté le samedi 31 mai 2008 06:12

Modifié le dimanche 01 juin 2008 01:04

Tristan d'Harfleur

Tristan d'Harfleur
Il est toujours difficile de faire un sonnet quand on ne sais pas quoi dire. Cette fois-ci, pour pallier à mon manque d'imagination, j'ai invoqué celle de mon amoureuse ; et à la loterie des mots autour desquels j'aurais pu faire une broderie, j'ai gagné trois mots, "abeille" "songe" et "parfum", trois prénoms, "Catherine", "Léo", "Léopold", un nom de ville "Harfleur", et un nom d'astre, "Lune". Sonnet du 29 mai 2008, voici ce que ça donne.



Tristan d'Harfleur
Parcourt les rues
Incongrues
Du champ de pleurs.

La rue en crue
Brade les fleurs
Aux couleurs
Des disparues.

La rue en larmes
Charrie les corps
Sans vacarme.

Et Tristan mort
Chante encor
Ses charmes.



Image : L'inondation à Port-Marly, Alfred Sisley.
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# Posté le vendredi 30 mai 2008 21:44

Modifié le vendredi 30 mai 2008 22:16