Ce soir j'ai envie de parler technique. Et comme je fais des sonnets, je parlerais donc de cette forme poétique (au nom assez laid, je trouve) qu'est le sonnet.
Qu'est-ce qu'un sonnet ? Vu le nombre de formes que l'on peut lire à travers le temps, modelant à leur gré l'agencement des rimes, la longueur des vers, vu que la forme s'est adaptée et dévelloppée dans nombre de langues européennes (et peut-être ailleurs, mais si c'est le cas je n'en suis pas informé), vu le travail actif de déconstruction et reconstruction de la poésie aux alentours du début du siècle précédent, la seule définition que je peux donner (et qui est déjà pas mal) est qu'un sonnet est un poème de 14 vers, répartis (généralement) en deux quatrains suivis de deux tercets. Et encore, cette définition n'est pas universelle : les "sonnets italiens" se composent d'un huitain et d'un sizain, certains (comme Anatole Le Braz) rajoutaient un vers de plus, d'autres (dont j'ai perdu les noms) mettaient les tercets avant les quatrains, et moi je classe le quatorzain (trois quatrains et un distique) comme une forme de sonnet, ce qui semble aussi être le cas des anglais. Et les gens sont bien capables de faire plus tordu encore.
Petite parenthèse, la définition de Tristan Corbière vaut le détour, même si elle ne définit rien :
SONNET (AVEC LA MANIERE DE S'EN SERVIR)
Réglons notre papier et formons bien nos lettres :
Vers filés à la main et d'un pied uniforme,
Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton ;
Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme...
Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.
Sur le railway du Pinde est la ligne, la forme ;
Aux fils du télégraphe : - on en suit quatre, en long ;
A chaque pieu, la rime - exemple : chloroforme.
- Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.
- Télégramme sacré - 20 mots. - Vite à mon aide...
(Sonnet - c'est un sonnet -) O Muse d'Archiméde !
- La preuve d'un sonnet est par l'addition :
- Je pose 4 et 4 = 8 ! Alors je procède,
En posant 3 et 3 ! - Tenons Pégase raide :
" O lyre ! O délire ! O... " - Sonnet - Attention !
L'agencement des rimes dans un sonnet n'est pas du tout stable non plus : si la tradition originelle (en France) voulait que les deux quatrains aient des rimes embrassées, et que les tercets suivent le schéma AAB - CCB ou CBC, le tout en alternant rimes féminines et masculines, cela n'a jamais été systématiquement respecté, et la seconde moitié des années 1800 a vu toutes ces règles éclater une à une. De même pour les vers, qui vont de un pied à quatorze ou seize (je n'ai pas vu au-delà encore).
Il n'y a aucun thème particulier au sonnet ; les sujets traités vont de l'érotisme, comme ceux de Théophile de Viau, aux grands & nobles registres mythologiques, tels que les Chimères de Nerval, ils peuvent évoquer de la philosophie, du fait divers, des histoires de coeur (Ronsard), ou la vie de tous les jours comme certains poèmes d'Apollinaire. Le poète est libre de raconter ce qu'il veut.
En bref, le sonnet est une tradition respectable qui autrefois plus ou moins contraignante accepte maintenant à peu près n'importe quoi.
Quant à moi, je suis parti dans la lecture de légions de sites net sur d'autres formes, la ballade, le virelai, le rondeau et le rondel. Qui sera, première exception en ... 5 jours, la forme du poème sans prétention d'encejour.
Mon amoureuse est bien heureuse
Mais son sourire est en pleurs,
Qu'a donc vécu son petit coeur
Son petit coeur d'amoureuse ?
Mon pauvre coeur est dans la peur,
La nouvelle est malheureuse :
Mon amoureuse est bien heureuse,
Mais son sourire est en pleurs.
Mais les nouvelles malheureuses
Peuvent partir bien piteuses.
Je suis un grand consolateur :
Dans mes calins protecteurs
Mon amoureuse est bien heureuse !